Transformation numérique et écologie - un équilibre à trouver
- Elisa Sobczyk

- 4 nov. 2021
- 6 min de lecture
Depuis le 1er novembre, plus d'une centaine de chefs d’État et de gouvernement se sont rassemblés à Glasgow pour la 26e conférence des Nations Unies sur le climat (COP 26). Ces derniers ont pour ambition de trouver des solutions pour ralentir le réchauffement climatique. Il est notamment question de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, de débattre sur les mesures d'adaptation aux conséquences du changement climatique et sur l'accroissement du financement de l'action climatique.
Cette conférence se met en place alors qu'on constate depuis plusieurs années des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes, ce qui accroît le risque de catastrophes climatiques : incendies en Australie, inondations meurtrières en Vendée ou à New York, cyclones et ouragans puissants. De plus, la température moyenne mondiale est en constante augmentation.
Parallèlement, selon une infographie de l'ADEME de 2020, le numérique représente 4% des gaz à effet de serre dans le monde, soit 1,5 fois plus que le transport aérien. On espère donc que le sujet de la pollution numérique sera au cœur des débats de la COP 26.

1- Un bouleversement numérique
Les différentes restrictions sanitaires ont eu pour effet d'accélérer le mouvement numérique, notamment par le développement du télétravail ainsi que des outils collaboratifs et de télécommunication.

Par exemple, selon le baromètre de France Num pour 2021, les TPE et PME françaises ont connu une forte progression de l'utilisation des outils numériques (création de sites internet, d'outils de collaboration ou de communication) et des taux d'équipement numérique.

De même, Digimind a partagé un graphique qui dénote une progression constante de l'utilisation des réseaux sociaux sur plusieurs années. Cette dernière est d'autant plus forte depuis trois ans.
Ainsi, le numérique, qui occupait déjà une place importante, a été propulsé par la crise sanitaire et devient un outil central, même au sein des secteurs d'activité et parmi les acteurs autrefois les plus réticents. Au vu de son importance, la transformation numérique devient un enjeu majeur des États qui souhaitent se maintenir dans la course aux innovations et progresser dans le rang des puissances mondiales. En effet, les données sont aujourd'hui le nouvel "or noir" de l'économie et les avancées technologiques ont permis à la Chine de rattraper, voire devancer les Etats-Unis dans plusieurs secteurs clefs.
2- Le lien entre le numérique et la pollution
Lorsque l'on nous parle de pollution, on pense aux fumées noires sortant de centrales électriques, aux pots d'échappement de voitures ou encore aux avions. On oublie souvent que derrière ce qu'on appelle "numérique", se cache aussi :
La fabrication et l'utilisation polluantes de l'équipement numérique
Selon un rapport de Green IT qui retrace la répartition des impacts du numérique mondial en 2019, la fabrication des équipements des utilisateurs reste la source majeure de pollution. Cette dernière représente "30 % du bilan énergétique global, 39 % des émissions de GES, 74 % de la consommation d’eau et 76 % de la contribution à l’épuisement des ressources abiotiques". Cela s'explique par le fait que la fabrication des produits électriques et électroniques requiert des dizaines de métaux en provenance du monde entier dont l'extraction exige de l'énergie fossile et de l'eau. Par la suite, il faut prendre en compte les autres étapes de fabrications et de commercialisation.
Puis, la consommation électrique des utilisateurs représente de 59 % jusqu'à 84 % d'impact avec l'arrivée de la fibre. A tout cela s'ajoute, dans une plus faible mesure, l'impact de la consommation électrique du réseau, des centres informatiques, la fabrication des équipements réseau et des équipements hébergés par les centres informatiques.
Green IT prévoit une augmentation fulgurante de ces impacts à l'horizon de 2025, qui peut s'expliquer notamment par la croissance du nombre d'utilisateurs, la multiplication des objets connectés, le dédoublement de la taille des écrans...
L'empreinte carbone d'internet et les réseaux sociaux
Faire une recherche sur Google, consulter ses e-mails, regarder une vidéo sur YouTube ou écrire un post sur Twitter - autant d'activités que nous faisons désormais parfois plusieurs heures au quotidien sans savoir qu'elles participent au réchauffement climatique.
Ainsi, par exemple, envoyer un mail avec une pièce jointe équivaut en termes d'énergie à laisser une ampoule allumée pendant une heure !
Selon Greenspector, une minute d'utilisation de TikTok génère près de 5 grammes équivalent CO2 (GeqCo2 - unité de mesure du gaz à effet de serre prenant en compte l'énergie consommée et le volume de données échangées), Snapchat près de 2, Facebook et YouTube un peu moins d'1 GeqCo2.
Les travaux de la mission d'information relative à l'empreinte environnementale du numérique ont montré que, si rien n’est fait, le numérique serait à l’horizon 2040 à l’origine de 24 millions de tonnes équivalent carbone, soit environ 7 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, contre 2 % aujourd’hui.
A tout cela s'ajoute le stockage massif de données dans le Cloud ou dans les serveurs personnels ou professionnels. Selon une étude de International Data Corporation (IDC), la capacité de stockage mondiale pourrait atteindre 11,7 zettaoctets (11,7 milliards de teraoctets) en 2023.
De l'équipement informatique, encore difficile à recycler
Selon un rapport de l'ONU, la population mondiale a généré, en 2019, 53,6 millions de tonnes de "déchets d'équipements électriques et électroniques" (DEE), dont seuls 17,4 % est recyclé.
L’accélération de la transformation numérique est-elle donc incompatible avec les objectifs écologiques ?

On constate en effet que les deux combats poursuivent des finalités opposées : la transformation numérique de l'économie nécessite une augmentation du taux d'équipements informatiques et un développement des pratiques numériques, pourtant très polluants.
Toutefois, plusieurs initiatives récentes tentent de concilier les deux phénomènes.
Le développement du Green IT
Le Green IT est un concept qui vise à réduire l'empreinte écologique, économique et sociale des technologies de l'information et de la communication (TIC), aux différents stades de leur vie. On y trouve donc les concepts d'informatique écologique et écoresponsable. L'idée est donc d'encourager les innovations vertes et durables et tendre vers ce qu'on appelle "la sobriété numérique".
Autres initiatives
Les utilisateurs que nous sommes peuvent agir à leur niveau pour limiter la pollution numérique. Il est par exemple conseillé de limiter le stockage de données inutiles (suppression de mails, contenus...). Pour sensibiliser à cette pratique, le Cyber World CleanUp Day a été créé - une journée de suppression des données stockées, dont la prochaine aura lieu le 22 mars 2022. Nous pouvons également limiter la consommation de vidéos en temps réel (YouTube, Netflix, TikTok) qui ont la plus grande empreinte carbone.
Du côté des institutions, pour faire face à tous ces problèmes, l'Union européenne et la France souhaitent agir.
Pour réduire la quantité de déchets numériques, le Parlement européen a adopté fin 2020 une résolution sur "le droit à la réparation" des appareils électroniques, permettant d'étendre les garanties et favorisant la mise en place de labels écologiques.
Ce mouvement existe également du côté de la France qui, par une loi du 10 février 2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2021, a instauré un indice de réparabilité des produits électriques et électroniques. L'objectif poursuivi consiste à encourager les entreprises à produire des produits réparables, mieux informer les consommateurs ainsi que réduire les quantités de déchets en augmentant la durée de vie des produits. Puis, en 2024, la France souhaite mettre en place un indice de durabilité, qui informe sur la fiabilité et la durabilité des produits.
De plus, en France, le bureau de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a créé pour l'année 2020 la mission d'information relative à l'empreinte environnementale du numérique chargée d'évaluer les impacts environnementaux du numérique en France et trouver des pistes d'actions publiques. La création de cette mission a abouti à deux propositions de loi, qui ont été adoptées le 2 novembre 2021 et dont la promulgation est à venir prochainement. Il s'agit de :
- la proposition de loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France : nombreuses mesures visant en particulier à soutenir le recyclage et le réemploi des appareils numériques, la lutte contre l'obsolescence programmée et création de l'observatoire des impacts environnementaux du numérique afin d’établir des données plus précises sur le sujet
- la proposition de loi visant à renforcer la régulation environnementale du numérique par l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP).



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